Bye bye Baker

Publié le par drzz

William Kristol

 

Le néoconservatisme , aussi méconnu que haï, est entré dans l'imaginaire de la gauche américaine comme dans celui des Européens. On lui attribue une multitude de concepts qui lui sont étrangers et on nie de nombreux autres qu'il a défendus, voire créés. Il a, en quelque sorte, fait passer certaines idées fortes de la gauche à la droite, achevant de décapiter l'idéologie progressiste, déjà bien faible. Comme le notait Irwin Stetzler (The Neocon Reader, Grove Press, 2005), "la gauche sait que le néoconservatisme est un courant de pensée solide et profond, donc difficile à combattre. C'est la raison pour laquelle elle le hait."

Aussi n'est-il pas étonnant que l'on nous annonce la mort du néoconservatisme depuis trois ans . Des néoconservateurs l'ont fait. Fukuyama, toujours aussi futuriste, est passé de "la fin de l'histoire" à la période "post néoconservatrice" en quelques ouvrages, prouvant par là que l'on peut être un intellectuel mondialement reconnu et passer à côté de l'Histoire en marche. De son côté, Murawiec a affirmé récemment que les néoconservateurs étaient partis de la Maison Blanche. La raison de ses prédictions : les hésitations de Bush lors de son second mandat.

Surtout, et c'est là que je veux en venir, tous deux ont annoncé le retour du réalisme. La nomination de Gates a été ressentie comme l'un des symptômes, bien que l'ex chef de la CIA ait été formé sous Reagan, comme l'a rappelé Guy Millière. Figure de proue des réalistes, Kissinger est rallié à Bush. Si ce n'est d'eux, d'où vient la vague tant annoncée ? La commission Baker, vous répondra-t-on. Vous avez lu des centaines et des centaines d'articles sur la question. Pour... rien, visiblement.

La commission Baker recommande la partition de l'Irak. La Maison Blanche, le Pentagone et le gouvernement irakien refusent : http://www.msnbc.msn.com/id/15946832/

La commission Baker recommande un retrait des troupes, Bush refuse, le Pentagone considère l'envoi de troupes... supplémentaires :

http://www.washingtontimes.com/national/20061130-123121-9493r.htm

La commission Baker recommande l'implication de la Syrie et de l'Iran dans la stabilité de l'Irak, le Washington Times écrit que Bush n'acceptera jamais. Le Financial Times confirme. http://www.washingtontimes.com/national/20061130-123121-9493r.htm

Au final, pas une des recommandations de la commission ne semble se frayer un chemin au Pentagone ou à la Maison Blanche. Dans un article à paraître le 11 décembre dans le Weekly Standard, Robert Kagan et William Kristol écrivent :

Bien que ni les médias américains ni les observateurs de la vie politique ne semblent l'avoir réalisé, la commission Baker n'a aucun pouvoir pour forcer Bush à changer la politique qu'il a choisie. Il n'est pas non plus aisé pour la majorité démocrate de s'impliquer sur l'Irak. Dans le système américain, le président a toujours eu un grand pouvoir sur la politique étrangère, s'il veut l'utiliser. Le Président Bush compte clairement le faire. Il veut poursuivre sa stratégie en Irak. Il est déterminé à ne pas se retirer d'Irak avant d'avoir stabilisé et démocratisé le pays. Il ne sera ni influencé par le politiquement correct, ni par Baker [ci-dessus] et ses collègues, quelles que soient les pressions que ces derniers vont faire pour le mettre en difficulté.   

Le prestigieux National Review ajoute :

Le ISQ [Iraq Survey Group] a apparemment mixé la volonté républicaine de poursuivre la bataille en Irak avec les propositions démocrates d'établir un calendrier de retrait pour l'année prochaine. Il proposerait ainsi de retirer les troupes américaines selon un calendrier non établi. Si les rumeurs se confirment, nous devrions éviter les coûts de distribution du rapport en l'imprimant puis en le jetant, immédiatement, dans la corbeille la plus proche.

Il semble que le seul endroit où la commission Baker ait de l'influence ce soit... dans les médias.


D'autres articles sur le même sujet : Bush 2007-2008

 

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david martin 06/12/2006 23:12

un autre son de cloche

We had to know that the Iraq Study Group would be short-sighted when it was announced that the members of the group were politicians and political insiders.

None of the principal members of the Iraq Study Group have served in Iraq or had immediate family members who served in Iraq.

None of these members even bothered to visit the peaceful part of Iraq - Iraqi Kurdistan - to see where things were working out well.

Move America Forward has issued the "Gold Star Families Iraq Survey Group Report" which is authored by several individuals who have either served in Operation Iraqi Freedom or had a family member who had served.

Read our statement on the Iraq Study Group report, and our counter report online right now, and be sure to share it with others:

http://www.MoveAmericaForward.org

drzz 06/12/2006 18:49

Le rapport Baker est devenu la nouvelle Bible de la gauche américaine.
Si Baker demande le retrait d'Irak - c'est-à-dire perdre la guerre - aucun média ne réagit.
Et après on se demande comment cette commission peut être prise au sérieux...

Leroidavid 05/12/2006 03:52

Sioux écrit "la guerre, mais la guerre, ça pue, ça tâche, car le sang ne part pas au lavage".
Voilà bien la doxa des pacifistes: il ne faut jamais faire la guerre, il ne faut jamais utiliser la violence, oh non-non-non surtout pas. Il est tellement préférable de laisser les dictateurs, les terroristes, les assassins, les barbares, dominer, diriger, massacrer, amonceler les cadavres sur les cadavres. Et se coucher comme des lâches, comme des carpettes avilies, comme des esclaves volontaires, sous les bottes des criminels.
C'est vrai que personne n'aime la guerre, mais parfois la guerre est la moins mauvaise des solutions. Les Anglais et les Américains ne voulaient pas la guerre, en 1939 pour les premiers, en 1941 pour les seconds, mais ils l'ont finalement menée, et ce jusqu'au bout, jusqu'à la capitulation sans conditions, en refusant les offres de paix d'Hitler.
La guerre menée par des dictateurs, des terroristes, des barbares, est mauvaise; -- la guerre menée par les démocraties pour mettre fin à la guerre menée par les dictateurs, les terroristes, les barbares, est bonne.
Et l'Histoire prouve que, plus on fait tôt la guerre aux dictateurs et barbares, plus on met fin rapidement à la guerre des dictateurs et des barbares.
Et une fois que la guerre menée par les démocraties a mis fin à la guerre menée par les dictateurs et les barbares, la démocratie et la liberté sont restaurées, et les peuples sauvés des assassins.

drzz 04/12/2006 12:47

Je crois qu'il n'y a pas besoin d'être un génie pour comprendre que si la violence ne cesse pas, il faut renforcer les troupes basées en Irak.
Ce qui est si caustique, ce n'est pas le débat stratégique, mais le vide entre la stratégie américaine en Irak recommandée par Bush et son administration, et les critiques de ses adversaires.
Jamais le New York Times ne parle de guerre globale contre l'islam radical. Jamais la commission Baker n'évalue le danger qu'auraient des négociations avec l'Iran et la Syrie. Jamais les Démocrates, qui préconisent le retrait, ne distinguent les conséquences de leurs propositions.
C'est assez drôle. Vous avez d'un côté des gens qui nient la 4e guerre mondiale et se gaussent de Bush qui "aurait perdu le sens des réalités" (savent-ils ce que ce mot signifie ?), et de l'autre des gens qui comprennent que ce qui se joue en Irak pourrait avoir des répercussions sur l'avenir du monde occidental en général, sur les Etats-Unis et surtout, surtout, sur l'avenir de l'Europe, déjà si précaire.
Je ne sais pas pour vous, mais je voudrais vivre en voyant la société où je suis né rester libre. Les mêmes idiots utiles tropillaient Truman lorsqu'il se dressait contre le communisme en Corée, déboulonnaient Lincoln en pleine guerre de sécession, massacraient médiatiquement Reagan... La médiocrité n'a pas de frontière. Les idiots ne s'excusent jamais.  
Pensez-vous qu'une guerre qui décidera du sort de nos sociétés doit être considérée comme perdue parce que des terroristes et des miliciens fanatiques se font exploser dans des marchés populaires ? Pensez-vous que la 4e guerre mondiale doit être perdue pour la mort de 3'000 soldats et 50'000 civils ? Moi pas.
La liberté, pendant la seconde guerre mondiale, nous a coûté mille fois plus cher.  

stella:0040: 04/12/2006 09:48

tout d'abord merci drzz de ton information fouillée et de ton interprétation.Je rejoins l'avis de David Martin sur S.Royal, j'ai honte pour elle et pour la France.