Reagan, Bush, la continuité

Publié le par drzz

Par Helios, le 10 novembre 2006

Reagan a été bien plus chanceux que G.W. Bush. L'URSS était pourrie, il suffisait de lui donner le coup de grâce sans trop forcer. Reagan a rendu un service immense à l'Europe en déployant les missiles à moyenne portée Pershing et les missiles de croisières pour contrer les SS20 des soviétiques, lesquels étaient pointés sur les objectifs européens (à seulement quelques minutes de vol) et servaient à exercer le chantage nucléaire sur l'Europe occidentale.

L'URSS était confiante que les USA ne risqueraient pas une guerre nucléaire pour les beaux yeux de l'Europe, le lancement des SS20 contre certains objectifs militaires en Europe occidentale n'aurait donc pas entraîné de représailles américaines et aurait démontré aux européens catastrophés la futilité de la protection nucléaire américaine.

Les missiles Pershing ont définitivement mis en déroute la stratégie soviétique, basés en Europe même, ils ont rétabli rapidement l'équilibre de la terreur. Les braves soviétiques après avoir investi des milliards à la mise au point de leur SS20 n'ont finalement récolté aucun dividende, les dépenses encourus ayant même contribué à appauvrir leur économie et à fragiliser leur système politique. En dernière analyse c'est la puissance économique du monde capitaliste et avec à sa tête les USA qui a eu raison de l'URSS laquelle mettait tout son espoir dans le chantage nucléaire qui lui aurait permis de parasiter "pacifiquement" l'économie de l'Europe occidentale.

Les même pacifistes qui râlent contre la guerre en Irak se sont opposés au déploiement des Pershings, cependant ils refusent obstinément de reconnaître leur erreur. A-t-on encore besoin de rappeler le rôle qu'ils ont joué dans l'apaisement d'Hitler et finalement dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale?

Bush est l'héritier de ses prédécesseurs à l'exception de Clinton. Son calcul stratégique est fondamentalement le même, d'un côté on retrouve le camp de la liberté, de l'autre celui de la tyrannie. Le totalitarisme n'est pas mort avec l'URSS, pas plus que son allié le pacifisme, il renaît un peu partout où on trouve des populations musulmanes dont une proportion appréciable est soumise à l'endoctrinement et dont la poussée démographique constitue un danger certain pour les pays occidentaux où sévit la dénatalité et le vieillissement accéléré.

Comment gérer la situation géopolitique découlant du fait que la source principale d'énergie se retrouve essentiellement en territoire hostile. Les problèmes que Bush a dû et doit encore affronter sont totalement étrangers aux autres chefs d'état tel que Chirac, Berlusconi et même Blair. Les responsabilités géopolitiques de Bush sont planétaires, ceux des autres chefs d'état dépassent à peine les frontières de leur pays, ce qui n'empêchera pas la France de mettre les bâtons dans les roues aux USA espérant ainsi les paralyser, ce qui lui aurait donné l'impression et la satisfaction d'exercer un certain pouvoir (de nuisance s'entend).

Ce qu'on appelle "le mauvais pas unipolaire" tellement dénoncé par un Hubert Védrine et par nombre d'européens particulièrement français (Chirac et Villepin ne sont pas en reste), découle du fait que les USA sont la seule superpuissance possédant les moyens d'imposer la paix et la sécurité selon ses propres termes (la pax americana). "La super impuissance européenne" rêvait et rêve encore de brider et chevaucher la puissance américaine. Un bon président américain serait un président dont la politique étrangère serait "française", cela peut sembler délirant mais c'est la réalité, c'est ainsi que les français réfléchissent à l'Élysée à Matignon et au quai d'Orsay.

Bush a été projeté dans les affaires mondiales dans des conditions très difficiles et faut-il le rappeler sans y être vraiment préparé. En effet le républicain Bush est arrivé au pouvoir avec comme programme de se recentrer sur le pays et de poursuivre à l'étranger une politique où la puissance américaine servirait en premier lieu une vision somme toute assez étroite des intérêts de la nation. Il ne s'agissait pas à proprement parler d'isolationnisme mais simplement de recentrage.

Les attentats du 11 septembre ont changé la donne en révélant au grand jour le danger de l'islam radical, du coup la complexité de la situation imposait un changement majeur de la politique étrangère, changement qui ne pouvait s'effectuer sans friction avec les alliés dont l'impuissance et surtout l'absence de volonté les rendaient suspects aux yeux des américains. En effet comment faire confiance à des alliés qui choisissent d'être impuissants et qui en même temps désirent peser lourdement sur les décisions tout en se lavant les mains de leurs conséquences. Le seul élément "positif" que les "alliés" européens pouvaient offrir aux EU étant la "légitimité" découlant de leur approbation!

Le "mauvais pas unipolaire" a trouvé son illustration dans le renversement de la dictature irakienne. L'objectif stratégique était pourtant bien fondé, cependant la "nuisance européenne" a constitué et constitue encore un obstacle non négligeable au succès de l'entreprise dans la mesure où l'Europe s'est montrée et continue de se montrer très chiche sur le chapitre de la légitimation de cette action.

Certains voudraient faire porter à Bush toute la responsabilité du schisme avec l'Europe, dans les faits il est difficile de reprocher aux américains de refuser de se laisser paralyser par les européens. Les américains auraient de loin préféré avoir les européens de leur côté, mais ces derniers poussés par leur logique d'impuissance n'envisageaient pas de renversement radical de la carte politique au moyen-orient ! L'absence de politique tenait lieu pour eux de politique étrangère.

Que serait-il arrivé si Bush avait reculé à la dernière minute remettant sine die le renversement de Saddam? Aurait-il obtenu davantage l'approbation des européens? Et quelles conséquences ce recul auraient eu à long terme sur la situation politique au moyen-orient? Il est bien entendu difficile de répondre à cette question, chose certaine le statut quo n'aurait pas duré longtemps en présence de l'Iran dont la démographie galopante, le sous-développement  et le fanatisme expansionniste  aurait tôt fait de disloquer le fragile équilibre résultant de la première guerre du golfe.

Sur fond de conflit interethnique la situation actuelle de l'Irak reflète étroitement la lutte entre la civilisation occidentale et le totalitarisme islamique, ce dernier alimenté par la richesse pétrolière est conscient que le moment historique actuel constitue pour lui une chance unique qui ne se représentera plus à l'avenir.  En effet l'islam radical est empêtré dans son fatras idéologique et se montre incapable d'accoucher d'une structure économique et sociale permettant le progrès et la prospérité. Au même titre que la défunte URSS son espoir réside principalement dans le parasitage de l'occident.

Sécuriser les ressources pétrolières et occuper un avant-poste au moyen-orient face au totalitarisme islamique (sunnite et chiite) constituent certainement des choix stratégiques valables dont l'Europe pacifiste est bénéficiaire même si elle refuse de l'admettre et de l'approuver. Les actions américaines tout en étant fortement décriées par les européens profitent largement à ces derniers. Ils ramassent les dividendes directs et armés de leur pacifisme et de leur anti-américanisme ils espèrent séduire et apaiser les musulmans comme ils l'ont déjà fait dans le passé pas si lointain avec les nazis et les soviétiques.

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Leroidavid 13/11/2006 08:25

Superbe texte d'Hélios, qui rayonne tel un véritable soleil.

david martin 12/11/2006 18:09

les masques tombent du côté des Dems :
Le démocrate Carl Levin, appelé à devenir en janvier président de la commission des Forces armées du Sénat, affirme vouloir voir les Etats-Unis entamer un début de retrait militaire d'Irak dans les 4 à 6 mois. "Nous avons besoin d'entamer une phase de redéploiement des forces d'Irak dans les 4 à 6 mois", a-t-il dit à la chaîne de télévision ABC. L'engagement militaire américain en Irak "n'est pas sans fin", a-t-il précisé

Rappelez vous la Somalie !!

toto 12/11/2006 12:04

>" Une fois qu'il ne sera plus là, on pourra juger son oeuvre. Et l'on s'apercevra qu'il était dans le vrai."Nobody knows, in fact!   Du danger de prendre ses désirs pour des réalités ...

david martin 12/11/2006 10:08

Bush(avec une majuscule STP) partira en 2008, comme prévue par la constitution américaine .

Une fois qu'il ne sera plus là, on pourra juger son oeuvre. Et l'on s'apercevra qu'il était dans le vrai.

toto 12/11/2006 09:49

Continuité ?  Ca se discute ...POur aller plus loin sur la question , à lire "The tyranny of good intentions" de Craig Roberts qui faisait partie de l'administration Reagan.