Parole aux sages : Ivan Rioufol

Publié le par drzz

Ivan Rioufol est né à Nantes en 1952. Il est titulaire d'une maîtrise en droit privé et d'un DEA de droit maritime et aérien de l'Universié de Nantes. Il débute sa carrière de journaliste à Nantes, avant de rejoindre Le Figaro en 1985. Rédacteur en chef du service Informations Générales jusqu'en 2000, il est, depuis, éditorialiste et membre du comité éditorial du quotidien. Depuis 2002, il tient son « bloc-notes » dans l'édition du vendredi du Figaro.

Il est l'auteur de « La tyrannie de l'impudeur » (Anne Carrière, 2000) et de « La république des faux gentils » (Editions du Rocher, 2004). Dans cet ouvrage, qui est avant tout un formidable coup de gueule, Ivan Rioufol s'attaque de front à tout ce qui menace la démocratie française et la cohésion nationale du pays : le consensus mou et le politiquement correct, mais aussi le communautarisme et l'islam politique extrémiste. Surtout, il dénonce avec force les faux-semblants humanistes qui mettent la France en porte-à-faux jusque sur la scène internationale, comme l'a révélé l'opposition des plus hautes autorités du pays à la guerre voulue par George Bush en Irak.

Ivan Rioufol est Fellow à l'Atlantis Institute. (www.atlantis.org)

Bloc-notes, Le FIGARO, 6 octobre 2006

On ne se refait pas: ces messieurs se pincent le nez, quand le peuple prend la parole. Pour eux, la démocratie d'opinion, qui a pris les choses en mains le 29 mai 2005 en rejetant une Constitution éloignée des gens, n'est qu'une fille des rues, porteuse de démagogies et de caprices. Mais la catin a ses vertus: en congédiant Jospin puis Lang, elle a emporté une première victoire contre la politique du trompe-l'oeil et des bons sentiments. Avec l'affaire Redeker, elle vient de sauver l'honneur de la République.

C'est parce que l'opinion publique s'est mobilisée pour défendre Robert Redeker et l'esprit critique que les capitulards s'affolent. La résistance spontanée, mesurable aux pétitions, communiqués et lettres reçues, est à comparer au silence des dirigeants - seul Dominique de Villepin a dénoncé l'“inacceptable” - devant l'appel au meurtre du professeur de philosophie, pour un article critique sur l'islam publié dans Le Figaro du 19 septembre.

Sans l'indignation d'intellectuels, de journalistes, d'enseignants, de politiques, d'anonymes, Redeker aurait été tenu pour blasphémateur par ceux dont il dénonçait l'islamisation des esprits et qui ont jugé ses idées “nauséabondes” (Ligue des droits de l'homme). Et si le ministre de l'Éducation s'est dit “solidaire”, il a lui aussi abandonné la liberté d'expression au jugement des fanatiques, en estimant que l'enseignant aurait dû être “prudent, modéré, avisé en toutes circonstances”.

Déjà l'affaire Louis Chagnon, lancée ici même en janvier 2004, avait dévoilé la soumission de l'école laïque aux pressions religieuses. Ce professeur d'histoire avait expliqué que Mahomet s'était transformé, en sa période médinoise, “en voleur et en assassin”, vérité brutale. Il avait dû subir le procès en racisme d'organisations oublieuses de l'article 11 des droits de l'homme: “La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme”.

La démocratie d'opinion, qui n'est pas experte, a ses limites et ses risques. Mais elle a la lucidité qui n'habite plus les mandarins, qui ne cessent de reculer devant les intimidations islamiques depuis le test des caricatures. Alors que les élites s'apprêtaient, une fois encore, à rendre tolérable l'intolérance, elles ont été rappelées à l'ordre par les héritiers des Lumières. À quand une manifestation pour la défense de la pensée libre?

Cadeaux au FN

On doit à la démocratie d'opinion d'avoir fait redécouvrir la nation aux politiques, qui en étaient à louer l'Europe sans frontières ni passé. Depuis le 29 mai 2005, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ne jurent plus que par elle. Aussi est-il déconcertant que les deux candidats, apparemment les plus à l'écoute des citoyens, n'aient pas eu un mot pour dénoncer, avec l'affaire Redeker, l'offensive contre l'esprit français et ses insolences. À quoi bon en appeler à la patrie, si c'est pour se montrer indifférent à sa culture?

Les Français sont davantage attachés à la préservation de leur identité que nombre de leurs dirigeants, disposés à laisser filer certains fondamentaux de la République pour tenter de calmer des nouveaux venus refusant de se fondre. Ce rappel implicite aux racines judéo-chrétiennes, qui n'interdit pas l'ouverture aux autres, est un acte de survie. Or, se laisse voir chez les candidats une gêne à défendre un héritage dont Voltaire n'est pas le moindre. Toujours ces cadeaux au Front national.

Duel Sarkozy-Royal

L'opinion, excédée par trente ans de gestions doctrinaires, n'a pas fini de régler ses comptes. Lionel Jospin vient d'en faire les frais: malgré ses capacités d'homme d'État, il n'avait aucune chance (bloc-notes du 1er septembre) de séduire un électorat avide de renouvellement et de vérités. Des exigences qui ont aussi balayé Jack Lang et son ode à la révolution, et qui donnent peu de chance à Dominique Strauss-Kahn - encore moins à Laurent Fabius - d'être désignés pour représenter le PS.

Nul besoin d'être grand clerc pour prévoir un duel Sarkozy-Royal. Et si Dominique de Villepin a assuré lundi, devant le président de l'UMP: “Vous pouvez compter sur mon soutien à celui qui sera le mieux placé pour nous conduire à la victoire”, un doute demeure sur la solidarité des chiraquiens. Certains ne cacheraient pas se sentir plus proches de Royal que du ministre de l'Intérieur. Poursuivi par le FN, rattrapé par les banlieues, la présence de Sarkozy au second tour n'est pas acquise.

Sa seule force est de continuer à dire les choses, en dépit des cris d'orfraie des falsificateurs et des irresponsables. À ceux qui soupçonnent la démocratie d'opinion de complaisance et de frivolité, celle-ci a l'occasion de montrer sa capacité à entendre avec bon sens les analyses plus austères invitant à travailler davantage et à dépenser moins.

Dans cet exercice, Royal enfonce surtout des portes ouvertes. Exemple, l'autre jour: “La France s'est diversifiée, colorée, sans admettre encore totalement ce qu'elle est devenue”. Mais à qui la faute, sinon à ses amis qui répètent que l'immigration n'est pas un problème? “Le peuple français s'est dissous en un temps record. Vingt ans peut-être”, écrit avec cynisme un jeune auteur de talent (Jean-Eric Boulin, Supplément au roman national, Stock). Sidérés, les Français découvrent l'ampleur du désastre dans les cités.

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alleonard 21/10/2006 21:19

 J'ai déja eu l'occasion de vous dire, au sujet d'un article que vous aviez fait paraitre dans les colonnes du Figaro au moment du CPE, combien votre intervention était pertinante, aujourd'hui je salue votre courage vous êtes comme un phare allumé dans la tempête. Merçi Monsieur RIOUFOL

drzz 13/10/2006 21:47

Je ne pense pas que Sarkozy soit le meilleur choix, mais le moins pire...!

Leroidavid 13/10/2006 02:38

Je trouve que Sarkozy est mou, et faux-jeton sur bien des points (il s'est rendu au congrès de l'UOIF, ces fascistes musulmans... Il se déclare contre le mariage des homosexuels mais pour une extension de leurs droits... etc...), mais Ségogolène est nullissime, et son élection serait une catastrophe de grande ampleur. Après l'archi-nul Chirac, l'archi-nulle Ségogolène ? Aucun pays ne pourrait survivre a deux cataclysmes de cette ampleur.

david 08/10/2006 18:10

Formidable Yvan Rioufol, notre seule bouée au Figaro désormais !!

xav 07/10/2006 21:01

Bonjour,
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