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Mardi 19 décembre 2006

En 2000, je soutenais Al Gore et j’avais suivi la convention républicaine à la télévision depuis un hôtel de Pittsburgh en regardant Bush avec l’œil suffisant et moqueur de celui qui croit tout savoir sans n’avoir jamais appris. J’ignorais tout d’Israël. Je connaissais quand même l’Amérique, la vraie. Au fond des campagnes de Pennsylvanie, deux ans de suite, à raison de quelques mois par année, j’avais eu l’expérience du Bush Country avant même cette dénomination n’existe.

 Un exemple me vient à l’esprit. Dans mon anglais approximatif à l’époque, je n’avais pas compris le sens de «worship service» (le culte religieux). Je croyais qu’il s’agissait de quelque chose comme le premier service… Comme nous devions aller à une fête organisée près de la petite bourgade où j’étais accueilli, j’en avais déduit – ah, les mystères de la compréhension universelle ! – qu’on parlait de l’installation de la manifestation. Il était écrit sur le programme : 7am Worship Service – 8am Beginning of the show. Comme on parlait de se lever tôt, j’avais suggéré d’arriver aux environs de 8h, si l’on manquait le «worship service», cela serait sans importance… Mes interlocuteurs, une famille tout à fait classique, m’avaient regardé comme si j’étais un martien. Et s’étaient jeté des coups d’oeil en pensant, comme la majorité de leurs compatriotes, que l’Europe était vraiment un continent de décadents. Pour l’Inner America, vous alliez – et vous allez toujours - en Europe comme nous nous rendons dans certaines villes, pour voir ce qui est beau sans avoir, du tout, l’intention d’y rester, tant l’atmosphère y est lourd. Les fastes de la monarchie impressionnent moins ceux qui ont voulu les fuir.

 En Pennsylvanie, j’étais allé dans une ville fortement imprégnée d’histoire et de patriotisme. Je ne peux me rappeler du nombre de drapeaux, de CD de l’hymne national, de livres sur le «pays de la liberté», son passé, son présent, son futur. A une heure de Washington, près d’un million de personnes par année venaient visiter le champ de bataille tout proche. Le petit Européen nourri au biberon par la gauche médiatique se répandait en commentaires prétentieux : «certes, cet engouement et cet amour de la patrie sont impressionnants, mais…». Toujours ce «mais» contestataire, que la gauche utilise à ne plus savoir qu’en faire. La cloche de l’Indépendance à Philadelphie, les champs de Gettysburg, tout cela était exotique. Mais nous, les Européens avions les châteaux et la culture. Combien de fois ai-je souri en regardant les cartes de mets des restaurants : «depuis 1970», «depuis 1950». A une demi-heure de chez moi, sur ma gauche, je pouvais m’asseoir à la table où mangea Rousseau. A une demi-heure, sur ma droite, je marchais entre les fortifications romaines. Alors ces dates de fondation des restaurants américains ne m’impressionnaient guère.

 Pourtant, malgré le fait que j’étais soumis à une propagande frénétique chez moi, je ne cessais de m’enthousiasmer lors de mes séjours aux Etats-Unis. Dans le Bush Country, les gens étaient décontractés, souriants, chaleureux. Ils venaient vous taper dans le dos et discuter sans même vous connaître. A une heure de là, dans ce qui n’était plus le Bush country, on retrouvait des traces de cet état d’esprit. Il vous suffisait de s’arrêter quelques instants dans une rame de métro de Washington, et vous pouviez être certain qu’un passant s’arrêtait et s’enquérait de savoir si vous aviez besoin d’aide. Dans les restaurants, même mentalité. Vous n’étiez pas le sale capitaliste venu se faire servir par des employés soumis à vos moindres désir, comme l’Europe les dépeint, et comme vous vous sentez accueilli, particulièrement à Paris. Non, aux Etats-Unis, un plat ne vous convenait pas, on vous en offrait un à la place. Vous preniez de l’eau du robinet ? Si votre désir ou votre porte-monnaie l’exigeait, pas de problèmes. Si vous preniez un soda, vous ne payiez que la première consommation, le remplissage du verre étant gratuit et illimité. On vous montrait qu’on vous remerciait d’avoir choisi ce restaurant, d’avoir fait confiance au personnel. Européen, vous vous empressiez de libérer la table. Relax ! Dans ces restaurants, vous pouviez rester le temps qu’il vous plaisait, en regardant l’écran de télévision. Le O’Reilly Factor à 20h sur Fox News, commenté par toutes les personnes attablées dans le restaurant : un vrai moment épique. Individualiste, le capitalisme ? Au Texas, dans un bar de Fort Worth, vous pouviez vous servir gratuitement de morceaux de viande cuits sur un grill, au milieu du bar, accompagnés de salades et de mets mexicains, et vous les goûtiez en discutant avec les personnes autour de vous. Le but est que vous preniez du plaisir à venir boire votre bière dans ce lieu. J’avais déjà vu des scènes de ce genre à Lancaster, en pays amish.  

 En 2004, toute la Pennsylvanie intérieure a voté Bush. Seul le vote des mondains de Philadelphie et Pittsburgh a fait penché l’Etat à gauche. Je sais que mes interlocuteurs n’ont pas hésité. C’est cela, le Bush Country. Le pays du peuple. Celui qu’il faut convaincre et non pas obliger à croire. Celui qui a des valeurs et compte les défendre. Celui qui pense qu’il existe le Bien et le Mal, car il a envoyé ses enfants combattre Milosevic ou Saddam Hussein, et a vu de quel côté se trouvaient ces personnages. C’est le genre de personnes qui ne seraient pas troublés au point de louer un terroriste palestinien ou soutenir l’Islam radical.

Ce Bush Country existe aussi en Europe. Néanmoins, il nous faut encore trouver le nom de celui qui parlera en son nom.

 

 

Par drzz - Publié dans : drzz
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