Crichton : la pseudoscience

Publié le par drzz

par Michael Crichton, extrait de Etat d'urgence, Paris, Robert Laffont, 2006. Sur http://www.alternativestream.net/?p=80&language=fr#more-80

Imaginez qu'une nouvelle théorie scientifique alerte le monde sur une crise imminente et indique la voie pour y échapper.

Cette théorie s'attire rapidement le soutien de scientifiques, d'hommes politiques et de célébrités de premier plan de par le monde. La recherche est financée par des organismes caritatifs reconnus et entreprise dans de prestigieuses universités. La crise est souvent abordée dans les médias. Sa science est enseignée au lycée et à l'université.

Je ne parle pas du réchauffement planétaire. Je parle d'une autre théorie qui devint un enjeu majeur il y a un siècle de cela.

Ses soutiens incluaient Théodore Roosevelt, Woodrow Wilson et Winston Churchill. Elle fut approuvée par deux membres de la Cour suprême, Olivier Wendell Holmes et Louis Brandeis, qui votèrent en sa faveur. D'autres individus célèbres apportèrent leur soutien, parmi lesquels Alexander Graham Bell, l'inventeur du téléphone; la militante Margaret Sanger; le botaniste Luther Burbank; Leland Stanford, le fondateur de l'université éponyme; le romancier H. G. Wells; le dramaturge George Bernard Shaw; et des centaines d'autres, dont plusieurs prix Nobel. La recherche fut en partie financée par les fondations Carnegie et Rockefeller. Le Cold Springs Harbor Institute fut construit pour entreprendre des travaux sur le sujet, mais un effort important fut également effectué aux universités Harvard, Yale, Princeton, Standford et John Hopkins. Des lois furent votées de l'Etat de New York à celui de Californie pour répondre aux enjeux de cette crise.

Ces efforts reçurent le soutien de la National Academy of Sciences, de l'American Medical Association et du National Resarch Council. Il état dit que si Jésus était encore en vie, il aurait lui aussi été en faveur de cette cause.

Globalement, les recherches, les lois et le façonnement de l?opinion publique quant à cette théorie continuèrent durant près d'un demi-siècle. Ceux qui s'opposèrent à cette thèse furent réduits au silence et traités de réactionnaires, d'aveugles ou tout simplement d?ignorants. Mais plus particulièrement, ce qui est surprenant c'est que si peu de gens refusèrent cette théorie.

Aujourd'hui, nous savons que cette célèbre théorie qui reçut tant de soutien ne constituait en fait qu'une pseudoscience. La crise qu'elle prédisait était inexistante. Et les actions prises en son nom furent moralement et légalement mauvaises. Finalement, elles conduisirent à la mort de millions de gens.

Cette théorie était l'eugénisme et son histoire est si terrible - et, pour ceux qui y succombèrent, tellement embarrassante - qu'elle est aujourd?hui rarement abordée. Mais c'est un récit qui devrait être bien connu de chaque citoyen, ce afin que les horreurs qu?elle a engendrées ne se reproduisent pas.

La théorie de l'eugénisme postulait une crise du génome qui mènerait à la détérioration de la race humaine. Les meilleurs êtres humains ne se reproduisaient pas aussi rapidement que les inférieurs - les étrangers, les immigrés, les Juifs, les dégénérés, les handicapés, et les faibles d'esprit. Francis Galton, un scientifique britannique respecté, fut le premier à spéculer dans ce domaine, mais ses idées furent réutilisées bien au delà de ses intentions. Elles furent adoptées par les hommes de science américains et par ceux que la science n'intéressait pas mais que l'immigration des races inférieures au début du vingtième siècle inquiétait - de la vermine humaine dangereuse qui représentait une vague naissante d'imbéciles polluant le meilleur de la race humaine.

Les eugénistes et les opposants à l'immigration joignirent leurs forces pour mettre un terme à ceci. Leur plan était d'identifier les individus faibles d'esprit - les Juifs, mais aussi nombre d'étrangers ainsi que les Noirs, furent reconnus comme largement débiles - et de les empêcher de se reproduire via une isolation dans des institutions ou par le biais de la stérilisation.

Comme l'affirma Margaret Sanger, nourrir les bons à rien aux dépens des bons c'est de l'extrême cruauté : il n'y a pas de malédiction plus grande pour la postérité que de lui léguer une population croissante d'imbéciles. Elle parla du fardeau qu'était de s'occuper de ce poids mort composé de déchets humains.

De telles vues étaient largement partagées. H. G. Wells dénonça la vermine incompétente des citoyens inférieurs. Théodore Roosevelt affirma que la société n'a pas intérêt à ce que les dégénérés se reproduisent, Luther Burbank qu'il fallait arrêter de permettre aux criminels et aux faibles de se reproduire. George Bernard Shaw soutint que seul l'eugénisme pouvait sauver l?humanité.

Il y avait du racisme ouvert dans ce mouvement, comme dans des textes tels que La vague naissante de la couleur contre la suprématie du monde blanc par l'auteur américain Lothrop Stoddard. Mais, à cette époque, le racisme était considéré comme l'aspect négligeable d'un effort qui visait un objectif fantastique - l'amélioration future du genre humain. C'est cette notion d'avant garde qui a attiré les esprits les plus libéraux et les plus progressistes de toute une génération. La Californie fut l'un des 29 Etats américains à passer des lois autorisant la stérilisation, mais elle fut le plus enthousiaste - plus de stérilisations furent effectuées en Californie que n'importe où ailleurs aux Etats-unis.

La recherche eugéniste fut financée par la fondation Carnégie, et plus tard par la fondation Rockefeller. Cette dernière était si enthousiaste, même après le transfert du gros des efforts en eugénisme vers l'Allemagne et le gazage d'individus dans des institutions psychiatriques, qu'elle continua à financer à un niveau très élevé les chercheurs allemands. (La fondation demeura silencieuse sur ce sujet, mais elle continua tout de même à fournir des fonds jusqu'en 1939, quelques mois seulement avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale).

Depuis les années 1920, les eugénistes américains étaient jaloux de leurs confrères allemands qui leur avaient pris le leadership du mouvement. Ces derniers étaient admirablement progressistes. Ils construisirent des bâtiments d'apparence ordinaire où les déficients mentaux étaient amenés et interrogés un par un, avant d'être conduits dans une arrière salle, qui, en fait, était une chambre à gaz. Ils y furent gazés au monoxyde de carbone, et leurs corps furent incinérés dans un crematorium situé sur les lieux.

Finalement, ce programme fut étendu en un vaste réseau de camps de concentration situés près des lignes de chemin de fer, permettant ainsi efficacement le transport et le meurtre de dix millions d'indésirables.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, personne n'était eugéniste et personne ne l'avait jamais été. Les biographes des célèbres et des puissants occultèrent l'attraction exercée par cette philosophie sur leurs sujets d'écriture, et ne mentionnèrent quelques fois même pas cette dernière. L'eugénisme cessa de constituer un sujet étudié dans les salles de classe des universités, bien que certains avancent que ces idées continuent de vivre sous une forme déguisée.

Mais rétrospectivement, trois points ressortent. Tout d'abord, malgré la construction du laboratoire de Cold Springs Harbor, et en dépit des efforts des travaux universitaires et des plaidoiries des avocats, l'eugénisme n'avait aucune base scientifique. En fait, personne à cette époque ne savait ce qu'était réellement un gène. Le mouvement fut capable de prospérer car il employait des termes vagues jamais rigoureusement définis. "Faible d'esprit" pouvait signifier tout aussi bien l'illettrisme que l'épilepsie. De même, il n'y avait aucune définition claire de "dégénéré" ou d'"inapte".

Deuxièmement, le mouvement eugéniste constituait véritablement un programme social arborant des airs scientifiques. Son dynamisme provenait de l'inquiétude engendrée par l?immigration, le racisme et l'arrivée dans le voisinage ou dans le pays d'individus indésirables. Encore une fois, la terminologie vague permit de dissimuler ce qui se déroulait réellement.

Troisième point, le plus bouleversant, l'establishment scientifique aux Etats-unis et en Allemagne ne protesta jamais réellement. Bien au contraire. En Allemagne, les scientifiques se rallièrent rapidement à la ligne directrice du programme. Les chercheurs allemands de ces dernières années ont fouillé les documents nazis, remontant jusqu?en 1930. Ils s'attendaient à trouver des directives indiquant aux scientifiques quelles recherches devaient être effectuées. Mais aucune ne fut nécessaire. Selon Ute Deichman, les scientifiques, dont ceux qui n'étaient pas membres du parti [nazi], réussirent à obtenir des fonds pour leurs travaux en modifiant leur comportement et en coopérant directement avec l'Etat'. Deichman parle d'"un rôle actif des scientifiques eux même quant à la politique raciale des nazis" où [la recherche] visait à confirmer la doctrine raciale -  les documents ne témoignent d'aucune pression extérieure. Les scientifiques allemands ajustèrent leurs sujets de recherche aux nouvelles politiques. Et ceux qui ne le firent pas disparurent tout simplement.

Un second exemple de science politisée, bien qu'assez différent par sa nature, témoigne néanmoins de la menace représentée par le contrôle des travaux scientifiques par une idéologie d'Etat et la promotion de concepts erronés par des médias sans esprit critique. Trofim Denisovich Lysenko était un paysan autodidacte qui, il était dit, avait 'résolu le problème de la fertilisation des terres sans recourir aux fertilisants ou aux minéraux. En 1928, il affirma avoir inventé une procédure appelée la vernalisation, via laquelle les graines étaient humidifiées et rafraîchies afin d?améliorer la croissance future des plants.

Les méthodes de Lysenko ne furent jamais confrontées à un test rigoureux, mais ses déclarations selon lesquelles les graines qu'il avait traitées avaient transmis leurs caractéristiques à la génération suivante représentaient un ravivement des idées de Larmarck alors que le reste du monde embrassait la génétique mendélienne. Staline était séduit par les idées de Lamarck qui supposait un futur dénué de contraintes héréditaires; il désirait également améliorer la production agricole. Lysenko promis les deux, et devint la vedette des médias soviétiques, toujours à la recherche d'histoire de paysans intelligents ayant développé des procédés révolutionnaires.

Lysenko fut décrit comme un génie et il fit bon usage de sa célébrité. Il était particulièrement bon pour dénoncer ses adversaires. Il utilisa des questionnaires remplis par des fermiers pour prouver que la vernalisation améliorait le rendement agricole, et évita ainsi toute forme de test direct. Transporté par une vague d'enthousiasme sponsorisée par l'Etat, son ascension fut rapide. Il devint à partir de 1937 un membre du soviet suprême.

Dès lors, Lysenko et ses théories dominèrent la biologie russe. Les résultats furent des famines qui tuèrent par millions et des purges qui envoyèrent des centaines de scientifiques soviétiques dissidents au goulag ou au peloton d'exécution. Lysenko attaqua la génétique de manière agressive qui fut finalement qualifiée de pseudoscience bourgeoise et bannie en 1948. Les idées de Lysenko n'avaient jamais eu aucun fondement, l'homme contrôla pourtant les recherches soviétiques durant trente ans. Le lysenkoïsme s'acheva dans les années 1960 mais la biologie russe ne s'est toujours pas entièrement remise de cette ère.

Nous sommes aujourd'hui engagés dans un nouvelle grande théorie qui, une fois de plus, s'est attiré le soutien d'hommes politiques, de scientifiques et de célébrités dans l'ensemble du monde. Une fois de plus, de grandes fondations font la promotion de cette théorie. Une fois de plus, les recherches sont menées dans de prestigieuses universités. Une fois de plus, des lois sont votées et des programmes sociaux sont rapidement entrepris en son nom. Une fois de plus, les critiques sont peu nombreuses et ceux qui en émettent doivent faire face à l'opprobre publique.

Une fois de plus, les mesures prises avec précipitation n'ont qu'un faible fondement factuel ou scientifique. Une fois de plus, des groupes dont l'ordre du jour est différent se cachent derrière un mouvement qui semble noble. Une fois encore, des affirmations de supériorité morale sont utilisées afin de justifier des actions extrêmes. Une fois de plus, le fait que certains individus soient touchés est minimisé car on dit de cette cause abstraite qu'elle est plus importante que n'importe quelle conséquence humaine. Une fois de plus, des termes vagues comme la durabilité et la justice générationnelle - des termes qui n'ont pas de définition consensuelle - sont employés au service de cette nouvelle crise

Je n'affirme pas que le réchauffement planétaire est semblable à l'eugénisme. Mais les similitudes ne sont pas superficielles. Et j'affirme par contre qu'une discussion ouverte et franche sur les données et sur les problèmes est en train d'être étouffée. Des journaux scientifiques de premier plan ont pris des positions éditoriales fortes sur le sujet du réchauffement global, ce qui, selon moi, ne constitue absolument pas leur rôle. Dans ces circonstances, n'importe quel scientifique qui aurait des doutes comprend clairement qu'il est plus sage de se taire.

Le fait que tant de critiques ouvertes sont l'oeuvre de professeurs à la retraite est une preuve de cet étouffement. Ces individus ne cherchent plus à obtenir des fonds et ne sont plus confrontés à des collègues dont les bourses ou la carrière pourraient souffrir de leurs critiques.

En science, les anciens ont habituellement tort. Mais en politique, les anciens sont sages, conseillent la prudence et, finalement, ont souvent raison.

L?histoire passée des croyances humaines est une fiction horrifique. Nous avons tués des millions de nos congénères parce que nous avons cru qu'ils avaient signé un pacte avec le diable et étaient devenus des apôtres du mal. Nous tuons aujourd?hui encore plus d'un millier de personnes chaque année pour cause de "sorcellerie". Selon moi, le seul espoir pour l'humanité d'émerger de ce que Carl Sagan appelle "un monde hanté par les démons" réside dans la science.

Mais comme le dit Alston Chase, "lorsque la recherche de la vérité se confond avec le discours politique, la poursuite du savoir est réduite à une quête du pouvoir".

C'est le danger auquel nous sommes aujourd'hui confrontés. Et c?est pourquoi le mélange entre science et politique est une mauvaise combinaison au sombre passé. Nous devons nous souvenir de l?histoire et devons être certains que ce que nous présentons au monde comme du savoir est désintéressé et honnête. 

D'autres articles qui parlent du même sujet : réchauffement climatique, l'imposture

 

Publié dans drzz

Commenter cet article

valentini 15/03/2011 14:54



 


Soulagement de l'homme qui pisse


 


(c'en est fini de toi, l'hygiéniste!)


 


Par-dessus les murs, passe un flot dévastateur,


le monde n'est plus qu'un amas d'objets aimables.


Soyons joyeux! Rebondissons! Dans les cartables,


blocs-notes, verbatim et crayons de couleur.



clovis simard 02/03/2011 00:58



Bonjour,


Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.
      
Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.


La Page No-3: SEPT MERVEILLES !


THÉORÈME MERVEILLEUX DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE!


L'OMNIPRÉSENCE ? JÉSUS ! SCHRODINGER !


Cordialement


Clovis Simard



richard C. 26/02/2011 05:59



Depuis longtemps je lutte contre l'imposture des cancres réchauffistes. Vous trouverez sur mon blog et facebook les traces de ces activités.


Je souhaite collaborer à votre oeuvre sérieusement!


Amitiés,


richard



Annika 06/01/2007 03:21

A noter, ETF nous dit que les changements de climat ont encourage une augmentation des pestes et des parasites.
Je crois qu'il a raison!                                                Annika

Leroidavid 02/12/2006 05:03

Il y a toujours eu des espèces qui disparaissent, et d'autres qui apparaissent.
Quant au climat, il n'a jamais été figé, immuable; au contraire, il n'a jamais cessé de varier.
Evidemment, si on peut empêcher des espèces animales de disparaître, pourquoi ne pas le faire. Et si on peut empêcher les variations du climat d'avoir des effets néfastes, pourquoi pas aussi.
La question est: faut-il dépenser des sommes considérables d'argent pour des buts purement passifs de préservation des choses telles qu'elles sont actuellement, ou plutôt utiliser ces sommes pour développer activement les sciences et les techniques qui en sont issues ?
(Quant à monsieur Douglas Futuyma, ses extrapolations n'ont aucun rapport avec le sujet de son étude, ce qui fait douter de leur sérieux... Quant à l'"écologie", depuis quand est-elle une science ?)