Le jugement de Saddam : pour l'Histoire

Publié le par drzz

Par Guy Sorman, http://www.hebdo.ch/sormanblog.cfm

La condamnation de Saddam Hussein par un tribunal arabe a été un événement historique considérable, un tournant peut-être, non pas seulement pour l’Irak mais dans le monde arabo-musulman. Certes, cette partie du monde est habitée par la violence et la fureur, et depuis des siècles, il est commun que les chefs d’Etat y soient passés par les armes. Mais c’est la première fois qu’une destitution a ici été imposée par le droit, selon des procédures juridiques incontestables.
Le tribunal de Bagdad a introduit, dans la civilisation arabo-musulmane, des notions juridiques qui ne doivent rien au Coran et à ses mille interprétations circonstancielles : le monde arabo-musulman est passé ainsi dans le camp des droits de l’homme, de l’universel : il a reconnu la notion de crimes contre l’humanité. Ce que Saddam Hussein ne pouvait pas comprendre ; sans doute, est-ce aussi trop tôt pour qu’une partie du monde arabe le comprenne.

Mais ce monde arabo-musulman, grâce au procès, a quitté la tradition tribale fondée sur la race et la vengeance, pour rejoindre la norme d’une civilisation universelle et moderne. Le verdict a eu également le grand mérite de qualifier enfin clairement la dictature de Saddam Hussein et de bien d’autres de ses comparses dans la région : ce n’était pas un despotisme éclairé comme Saddam parvint bizarrement à en persuader certains en Occident ; ce n’était pas non plus un régime laïc contre l’obscurantisme islamiste. Le régime de Saddam était tout bonnement une dictature raciste, fondée sur le pouvoir exterminateur de sa tribu sunnite contre le chiites et les Kurdes. La qualification de crime contre l’humanité s’applique donc parfaitement à son cas, très proche de l’accusation de génocide qui aurait pu aussi être retenue.

Quels que soient les soubresauts qui accompagneront l’exécution de ce verdict, celui-ci renoue le fil de la modernisation arabo-musulmane qui avait été tranché dans les années 1950. Depuis le début du XIXe siècle – invasion de Napoléon en Egypte - jusqu’au milieu du XXe siècle, le monde arabo-musulman s’était engagé dans la voie de la modernisation à l’occidentale : nul ne doutait en ce temps-là que l’islam et la démocratie ne soient compatibles. En Irak, Syrie, Egypte, Liban, les droits de l’homme, le progrès économique avancèrent ensemble pendant un siècle sans que l’identité musulmane ne soit mise à mal. C’est véritablement dans les années 1950, que l’influence soviétique, des coups d’Etat militaires, les affres de la décolonisation ont substitué, à la démocratie libérale, les passions nationalistes, racistes, tribales, puis islamistes.L’aventure de Saddam Hussein s’expliquait mieux par l’histoire du XXe siècle que par la lecture du Coran.

Son procès ( et son exécution ), peut-être pas dans l’immédiat, mais dans la longue durée historique, ont refermé la parenthèse des idéologies totalitaires et réintroduit le monde arabo-musulman dans l’évolution vers l’état de droit. Ceci devrait satisfaire les centaines de millions de musulmans de par le monde qui pratiquent un islam modéré, aspirent à la démocratie et pas à la restauration fantasque du califat.

Mais , n’aurait-il pas fallu distinguer entre la condamnation à mort , souhaitable et légitime , et l’exécution pas forcément nécessaire ?

A voir : L'apogée et le déclin du dictateur le plus sanguinaire des temps modernes

L’exécution n’appelle-t-elle pas à la revanche ,amplifiant ainsi le cycle de la haine et du sang ? La mort de Saddam Hussein n’en fait-elle pas un martyre ? Toutes ces interrogations , légitimes , fondées, on se les pose en Europe ; les adversaires de la peine de mort enragent mais leur colère est-elle ici juste et pure ? Est-ce le moment et le lieu pour s’opposer à la peine de mort en toutes circonstances ? Et , surtout , les Irakiens , qu’en pensent-ils ?

Personnellement , j’avais suggéré après la condamnation de Saddam Hussein , une peine autre que la mort ; par exemple , m’inspirant de l’obligation faite en Allemagne en 1945 à des officiers nazis , contraindre Saddam Hussein à déterrer ses victimes des fosses communes pour leur donner une sépulture décente .

Les Irakiens en ont décidé autrement : en fin de compte , ce sont eux les victimes et eux , je pense , qui savent mieux que nous ce qu’il fallait faire ou ne pas faire, dans la culture et dans la situation qui est la leur . Nous ne sommes , loin de l’Irak, pas les mieux placés pour les conseiller.Les juges de Saddam Hussein ont dû décider , en leur conscience , je le suppose, de le pendre plutôt que la clémence . Ils ont dû envisager que Saddam Hussein, par sa mort , peut-être , pour la première fois de sa carrière , va rendre effectivement service à son peuple.

D'autres articles sur le même sujet : les chroniques de Guy Sorman

 

 

 

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drzz 23/01/2007 13:43

Le droit international est une insulte aux droits de l'homme.
Que des dictateurs puissent mourir sans être jugés (Pinochet, Milosevic), que l'on puisse refuser la chute de Saddam Hussein
Il faudrait penser à l'application concrète du droit international, et non à sa seule existence.
Ce "droit international" est nullissime, hypocrite et particulièrement tolérant à l'égard des coupables.
En France, on adore les discours vides de sens (socialisme) sans se demander comment ces discours peuvent être mis en pratique effectivement.
Si la France est au bord de la faillite aujourd'hui, c'est qu'elle croit aux beaux discours mais ne demande jamais des comptes.

berezina 23/01/2007 12:56

 
Je ne vais pas aller jusqu'à plaindre M. Husssein, car c'est un monstre et un dictateur sanguinaire.
Je souhaite juste que l'on réfléchisse sur la notion de procès juste! Comment peut on infliger la peine de mort, de quel droit un homme peut-il decider du sort d'un autre? Un procès rapide qui a bien permis d'éviter d'autres procès pendant lesquels des révélations auraient été faites sur le comportement de nos pays (particulièrement France et USA). Ces derniers ayant largement équipé ce dictateur pendant de longues années.
 
Alors certes, l'humanité ne regrétera pas M. Hussein, mais son procès et sa pandaison sont des insultes au droit international.
 

drzz 10/01/2007 11:39

Thanks Marc for your comment.
It's a button on the upper right of this blog who translates literally its content.
Congratulations for your work. You're absolutely right about the Saddam/Al-Quaeda ties and I will transmit to you the new infos I can get.
Regards

Mark Eichenlaub 10/01/2007 03:37

Thanks for your comments at regimeofterror.com.  I appreciate you coming by and leaving some comments.I don't know French so I can't read much of your cite though feel free to email me if you want to talk about the topic of Saddam and terrorism some time.Mark

Victory or death 09/01/2007 17:05

Sorman dans le mille !
Le procès de Saddam est une immense révolution - et les 20'000 boys qui vont renforcer le contingent en Irak vont finir le travail et envoyer les terrroistes sur la stratosphère