Redeker et la liberté

Publié le par drzz

J'ai voulu poster le texte de Finkielkraut paru dans le Figaro le 27 novembre, mais pour une raison inconnue, il ne s'affiche pas complètement. Je vais donc placer seulement le lien : http://www.lefigaro.fr/debats/20061127.FIG000000218_l_affaire_redeker_et_la_blessure_de_la_liberte.html

Et Finkielkraut de relever un point essentiel :

" La critique de l'islam esquissée par Redeker est-elle pertinente ? Ce n'est pas l'invalider, en tout cas, que de vouloir, au nom du Coran, punir de mort celui qui affirme que le Coran est violent."
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Annika 16/12/2006 18:09

 Vous pourrez lire la réponse qu’il écrivit à l’Association des Etudiants Musulmans, suite a leur plainte sur les bandes dessinées Danoises… C’est très bon !Annika

Leroidavid 05/12/2006 03:55

Annika, si Redeker avait insulté le christianisme, il aurait été félicité par l'écrasante majorité des médias français, et serait devenu leur héros.

Annika 05/12/2006 03:50


Il est effrayant qu'on n'est plus le droit d'exprimer son opinion dans les grandes ecoles.  Vraiment ca me touche et me chagrine.  Apres tout c'est le role des universites d'enseigner aux jeunes comment penser et non pas quoi penser.  La pensee devrait etre individuelle, nee de l'esprit de chacun et non pas formulee.  J'aimerai vous dire qu'en Amerique au moins... on n'est pas aussi fasciste... malheureusement... non... Le dirigeant de Florida State Universite fut renvoye pour une raison politiquement incorrecte aux Etats Unis... Il osa annoncer publiquement que les noirs americains sont superieurs au blancs parce qu'ils "sautent plus haut" (en faisant reference aux basketball).  Very, very bad!  Non pas parce que ces paroles sont detrimentales evers les blancs, mais parce que l'idee meme d'une superiorite entre les races entraine le sous entendu que les races sont differentes les unes des autres... le grand tabou en Amerique... ou nous sommes tous "egaux" racialement - du moins, nos medias et personnes politiques se doivent de le dire/pretendre.  Bref, chaque pays a ses tabous je suppose.  Un fait est certain, en Amerique l'education universitaire n'est pas centralisee sous le paraplui de l'etat federal, donc il fut renvoye de F.S.U., mais pas de toutes les autres universites - ce qui lui donna bien d'autres choix.  Malgre tout ce renvoi etait alarmant, et percu comme une attaque directe au premier amendement de la constitution americaine de "free speech" - autrement dit le droit d'expression.  N'oublions jamais d'etre vigilant... 
 
Quant a Mr. Redeker, la prof de francais que ma fille subit a l'ecole n'est pas terrible... peut-etre qu'il pourrait venir chercher l'azyle politique en Amerique  et la remplacer...  Non, je sais, ce n'est pas drole.
Je voulais vous presenter une autre idee: Si Mr. Redeker avait insulte les chretiens pour leur role destructif et nuisant durant les croisades, ainsi que pour les centaines d'annees qui suivirent dans l'histoire de France, aurait-t-'il ete renvoye de l'university??    Je me le demande...  Peut-etre que le tabou americain est "racial" et le tabou francais est "anti-muslim". 


Annika

Leroidavid 02/12/2006 05:35

L'affaire Redeker et la blessure de la liberté
Par Alain Finkielkraut, philosophe
Le Figaro
Publié le 27 novembre 2006
La France était le pays de Voltaire écrasant l'Infâme. Elle n'était heureusement pas que cela, mais elle était cela aussi. Ces dernières semaines, je me suis anxieusement demandé si la France ne devenait pas le pays où l'Infâme pouvait écraser Voltaire, comme si de rien n'était ou, du moins, avec des circonstances très, très atténuantes.
Pour avoir mis en cause, sans prendre de gants, la violence de l'islam, le philosophe Robert Redeker a perdu la liberté d'enseigner et celle d'aller et venir. Menacé de mort par des fanatiques sans frontières, il vit protégé, c'est-à-dire prisonnier. Cette séquestration épouvantable, cette menace Internet, cette intimidation de la vie de l'esprit, cet affront sans précédent à la souveraineté nationale ont suscité certes des réactions, mais des réactions embarrassées, des réactions timides, un soutien du bout des lèvres à l'homme traqué. On l'a défendu avec les pincettes du dégoût. Tout le monde ou presque a répété que la liberté d'expression était un droit imprescriptible, mais le premier réflexe du ministre de l'Éducation nationale, bientôt relayé par son collègue de la culture, a été de rappeler à ce fonctionnaire effervescent son devoir de réserve, tandis que la Ligue des droits de l'homme jugeait ses idées « nauséabondes » que Le Canard enchaîné se déchaînait contre lui et que l'islamologue Olivier Roy écrivait dans la revue Esprit qu'« on ne peut pas distinguer un mauvais racisme (l'antisémitisme de Dieudonné) d'un bon comme serait celui de Redeker », et surenchérissait en déclarant au journal Libération que « ceux qui s'amusent délibérément à chatouiller la fatwa » ne doivent pas s'étonner des réactions suscitées par leur provocation débile. Quant au journaliste et romancier Gilles Martin-Chauffier, il a lâché la bride au dégoût et écrit ceci : « Il faut être d'une malhonnêteté intellectuelle stupéfiante pour signer une chronique aussi haineuse que celle de Robert Redeker. Et c'est cracher à la figure de la liberté de pensée que de prendre la défense de ce simplet qui ne songe qu'à acquérir la notoriété ouvrant la porte des grands éditeurs. » Afin de ne pas jeter de l'huile sur le feu, on a jeté, à pleines poignées, le discrédit sur le fauteur de troubles.
Moins d'un an après l'affaire des caricatures, on n'a rien trouvé de mieux, de tous côtés, que de lui faire grief d'être caricatural. Il est donc temps et plus que temps de libérer le oui à Redeker du mais qui l'entrave, qui l'étouffe et qui finalement le bâillonne. Si nous ne voulons pas laisser s'instaurer dans l'espace public le règne de l'autocensure, notre soutien doit être inconditionnel. Il n'y a pas de mais qui tienne, car ce mais conduirait demain à expurger les librairies et les bibliothèques d'oeuvres aussi islamiquement incorrectes que Jusqu'au bout de la foi de Naipaul ou Tristes Tropiques de Levi-Strauss.
La critique de l'islam esquissée par Redeker est-elle pertinente ? Ce n'est pas l'invalider, en tout cas, que de vouloir, au nom du Coran, punir de mort celui qui affirme que le Coran est violent. Et quand bien même il aurait tort, son argument n'est pas raciste, contrairement à ce que disent Olivier Roy, la direction actuelle du Mrap et les mouvements vigilants armés, pour nous faire marcher droit, du gourdin de la lutte contre l'islamophobie. Redeker ne s'en prend pas à une communauté, il dénonce ce qu'il croit être l'intolérance et le bellicisme d'une doctrine. Aux esprits férus de justice sociale que sa véhémence indigne parce que cette doctrine est la religion des pauvres, rappelons que la même logique compassionnelle faisait dire à Sartre, en pleine glaciation stalinienne : « Tout anticommuniste est un chien. » Si nous voulons empêcher la victoire de l'Infâme, il faut en finir avec l'idée que ceux qui ont le label de l'humilié, du dominé, du damné de la terre, sont innocents même quand ils sont coupables, et que les « dominants » sont coupables même quand ils sont innocents.
Et puis, on l'oublie trop souvent : la liberté d'expression n'est pas une sinécure. Ce droit de l'homme n'est pas seulement mon droit. L'homme, c'est moi, mais ce n'est pas que moi. L'homme, c'est aussi les autres hommes et leur droit insupportable de dire des choses que je n'ai pas envie d'entendre, des choses qui m'énervent, qui m'effraient, qui me blessent, qui m'accablent, qui m'écorchent vif, qui me font mal. Dans une société ouverte, aucune conviction n'est souveraine, ce qui fait qu'elles sont toutes en colère. « Ma liberté n'a pas le dernier mot, je ne suis pas seul », écrit Emmanuel Lévinas.
Voilà sans doute pourquoi la liberté d'expression est si fragile. Il y a des gens qui ont envie d'être seuls ou, plus exactement, d'être seuls à être. Il nous incombe d'inhiber ce désir, de le vaincre en nous et hors de nous. C'est visiblement une question de vie ou de mort.

drzz 29/11/2006 16:55

Merci stella !
HeLLO, ta citation résume très bien les enjeux...