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Samedi 11 novembre 2006 6 11 /11 /2006 00:00

Auréolés de leur victoire, les Démocrates sont placés dans une situation délicate, d’aucun dirait embarrassante. Ils ont gagné les deux chambres, et se retrouvent avec les défis intérieurs des Etats-Unis, et un droit de regard sur la politique étrangère. En d’autres mots, ils partagent la responsabilité des erreurs ou des réussites de l’administration Bush durant les deux prochaines années.

Si les stratèges démocrates sont ceux de John Kerry en 2004, le parti ira droit dans le mur en confrontant la Maison Blanche de front sur tous les sujets. En augmentant les impôts et en prônant un virage sec en Irak – réalisant par là ses promesses électorales –  il s’attirera les louanges de sa base et la foudre de tous les autres électeurs. Une Nancy Pelosi fouillant les dessous de la guerre en Irak et un Ted Kennedy appelant Cheney à la barre, c’est un peu ce que les médias nous ont annoncé. A la clé, une déroute démocrate pour 2008.

S’ils sont plus subtils, nous pourrions assister à la métamorphose du parti démocrate. En effet, pour la première fois depuis douze ans, il contrôle le Congrès. Clinton a été longtemps un Président fantoche plutôt qu’un vrai décideur, cela était dû à sa complaisance envers les parlementaires républicains. Pendant six ans, le législatif a neutralisé l’exécutif et cela a donné lieu à des cafouillages honteux – voyez la gestion clintonienne des conflits d’ex-yougoslavie. Durant cette période, les Etats-Unis n’étaient pas «en guerre» et ont multiplié les reculades, au grand dam des stratèges du Pentagone et des néoconservateurs.

Temps de guerre, autres mœurs. Le plus lourd handicap des Démocrates est de paraître faibles et inconstants. Ils savent, du moins les plus lucides, que cette étiquette va les poursuivre et les condamner à l’opposition. Bien sûr, clameront-ils, ils viennent de gagner, mais la réalité est plus complexe. Ils ont gagné par l’absence de l’autre, et non en mobilisant de nouvelles troupes. Une part de la base conservatrice s’est abstenue de voter, vexée par les scandales qui ont ébranlé son parti. Si les Républicains la remobilisent, les Démocrates sont condamnés à perdre en 2008, et plus tard. D’autant plus que la base conservatrice est numériquement supérieure à celle des Démocrates, et mieux organisée.

Là est tout l’enjeu : il est possible que les ânes se muent en éléphants. Pas sur les valeurs morales, entendons-nous bien, ni sur l’économie. Dans ce dernier domaine, ils agiront peut-être "à la Clinton" : ils chaufferont les sièges du Congrès en ne proposant aucune motion susceptible de diminuer la croissance ou d’augmenter le chômage. Ils feront voter ça et là des lois pour flatter leur électorat, sans que ces lois n’aient de valeur réelle. Par contre, là où ils pourraient changer, c’est dans le domaine de la défense. Vous n’y croyez pas ? Howard Dean, chantre de l’extrême gauche qui avait prédit la défaite en Irak en 2004, a affirmé, hier, que les Démocrates voulaient «stabiliser l’Irak» avant d’envisager un retrait. Nancy Pelosi, la nouvelle speaker de la Chambre , qui avait apporté son soutien à une proposition de son collège John Murtha sur un retrait immédiat d’Irak, change complètement de ton. Il est d’ailleurs fort probable que Murtha soit mis de côté pendant les deux ans à venir. Dans cette perspective, le parti démocrate se séparerait de son aile dure qui le pénalise depuis six ans et deviendrait un parti en guerre. Nous risquerions d’assister à des scènes surréalistes, du genre Hillary Clinton qui fait voter une loi pour durcir les conditions à Guantanamo ou Harry Reid qui soutient l’envoi de plus de troupes en Irak. Irréaliste ? Non, seulement politique. Si les Démocrates s’engagent sur cette voie, la bataille de 2008 deviendra ardue, car ils gagneront du crédit dans un domaine où il sont à la traîne.

Je suis assez sceptique quant à cette perspective. Les Démocrates seraient très malins de combattre les Républicains sur le domaine de la sécurité – et la guerre globale contre l’islam radical avancerait. Mais ils sont dominés par leur aile dure depuis si longtemps qu’une séparation ne pourra pas se faire sans douleur, et que sous le pilonnage ininterrompu des conservateurs. Qui, chez les ânes, a les épaules pour proposer une telle idée ?

Une chose est certaine, les Démocrates devront changer s’ils envisagent de durer. En tant que conservateur, je ne le souhaite pas, mais deux ans d’apathie dans la guerre contre la terreur, avec l’Iran en passe d’avoir la bombe, c’est un danger pour la survie de l’Occident. Et je ne suis pas partisan jusqu’à souhaiter le pire pour prouver la justesse de mes idées. La survie d’Israël étant en jeu, il est nécessaire d’espérer un sursaut de maturité chez les Démocrates, tout en souhaitant leur défaite aux prochaines présidentielles, l’un n’évitant pas l’autre.

Le plus drôle dans cette perspective serait la tête des Européens, les éternels laissés pour compte du grand échiquier. Imaginez-les ! Ils verraient  le New York Times et le Washington Post devenir belliqueux et plus américains qu’ils ne le sont. Et cette couverture du Time magazine fustigeant la mollesse du Vieux Continent et appelant à combattre l’Iran ?

On peut rêver…

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Par drzz - Publié dans : drzz
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