Note de leroidavid, 15 décembre 2006
Vous êtes bien sûr au courant que, il y a quelques jours, le juge français Bruguière a transmis une ordonnance au parquet, accusant Kagame, l'actuel président du Rwanda, d'être coupable d'avoir abattu l'avion présidentiel en 1994, et accusant également les Tutsis d'être responsables du massacre des Tutsis commis par les Hutus. Il s'agit là d'une falsification historique de grande ampleur, et d'une abjection morale rarement vue : lire l'article
L'un des buts du juge , semble être de masquer la participation directes des soldats français à ce génocide (assassinats de Tutsis, viols répétés de femmes Tutsies, etc.). Je signale que Serge Farnel [journaliste à la Metula News Agency] a écrit une enquête détaillée sur l'implication française dans ce génocide, enquête dont le titre est "Un étendard sanglant à laver", et qui en est déjà à sa 19ème partie (!) :
Par Serge Farnel, Metula News Agency, www.menapress.com
La France participait à « l’élaboration de la stratégie du génocide » rwandais
C’est ce qu’a déclaré le témoin Kayimahe Vénuste aux membres de la commission, en évoquant les nombreuses réunions qui eurent lieu entre des officiels français et de hauts politiques et militaires rwandais. Des réunions que Kayimahe organisait dans le cadre de son emploi au Centre culturel français de Kigali. Ainsi a-t-il évoqué une réception officielle qui fut tenue, en 1989, à la Résidence de France à Kigali, en l'honneur d’officiers coopérants militaires français, alors fraîchement débarqués au Rwanda. Selon le témoin, l'ambassadeur français, Georges Martres, les aurait présentés aux invités comme étant attachés au département d’assistance militaire (le coeur de la coopération militaire franco-rwandaise) avant de leur préciser qu’ils allaient, en toute illégalité, soutenir l’armée rwandaise aux fins de faire échec à une attaque de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR, armée rebelle à majorité tutsie). Le témoin a, par ailleurs, précisé qu’eurent lieu de nombreuses réunions rassemblant, autour d’une même table, des extrémistes du régime rwandais et des officiels français. Des réunions au cours desquelles les stratégies relatives aussi bien à un « front commun des Hutus contre le FPR (Front Patriotique Rwandais, mouvement rebelle à majorité tutsie, ndlr) » qu’à une « défense civile » auraient été conçues et débattues.
La France formait les génocidaires
C’est ce que sont venus confirmer de nombreux témoignages, tel celui du député Jean Marie Vianney Gatabazi, qui était, entre 1990 et 1994, agent de l'administration territoriale à Byumba, près de la zone des combats. Lors de sa déposition, il a déclaré que la France avait formé les instructeurs des membres de l’armée ethnique des Forces Armées Rwandaises (FAR) ainsi que des milices génocidaires Interahamwe. Gatabazi a fondé cette dernière affirmation sur les confidences qui lui avait été faites, en mars 1994, par l’un de ses amis, le lieutenant Innocent Mburuburengero. Alors membre des FAR, ce dernier avait été formé à Kotakoli (République Démocratique du Congo (RDC), ex-Zaïre) par des militaires français, avant d’être envoyé à Kibungo, pour participer, sous la supervision directe d’instructeurs français, à la formation de près de 600 miliciens génocidaires !
Une accusation corroborée par le témoignage de l’actuel député à l 'assemblée nationale rwandaise, Elysée Bisengimana, qui, de 1987 à 1992, était étudiant à Nyakinama. Il a indiqué se souvenir que, sur le terrain de sport du campus au sein duquel étaient hébergés des soldats français, ces derniers formaient miliciens et soldats des FAR.
Le témoin Jean Damascène Nyandwi a également confirmé cette accusation, appuyant sa déposition sur les confidences de quatre Interahamwe qui l’avaient assuré avoir été formés par les Français à Kanamba et à Gishwati afin d’être en mesure, le moment venu, de barrer la route au FPR. « D'ici peu, la sang va couler à flot », se plaisaient-ils à dire à leur retour de formation, alors qu’ils regagnaient leur village et tandis que les militaires, eux, regagnaient leurs casernes.
Quant au témoin Martin Ndamage, actuellement colonel dans l'armée rwandaise, et anciennement membre des FAR, il a déclaré à la commission avoir été personnellement témoin de l'implication directe des soldats français, aussi bien dans l’instruction militaire et paramilitaire que, directement, dans les combats de Nyakinama, Kinigi, Cyeru et Gabiro.
La France savait que se préparait un génocide
C’est ce qu’est notamment venu expliquer le témoin Jacques Bihozagara, dont nous avions communiqué aux lecteurs de la Ména un extrait du discours qu’il prononça, il y a deux ans et demi à l’Unesco [lire : "Rwanda (8) Les victimes face aux tentatives de justification de leur génocide"], alors qu’il occupait les fonctions d’ambassadeur du Rwanda à Paris. Avant cela, entre 1990 et 1994, il était représentant en Europe du FPR. C’est à ce titre qu’il accompagna, en 1992, une délégation à l’invitation transmise par Paul Dijoud, alors directeur Afrique au Quai d'Orsay. Dijoud, qui avait alors un certain Dominique de Villepin pour adjoint, avait proposé sa médiation aux fins de sortir le Rwanda du conflit qui opposait le FPR (tutsi) aux autorités rwandaises (hutues à l’époque).
Selon Bihozagara, la France avait fait la sourde oreille à ses explications relatives à la nature du régime du président Habyarimana ; des explications destinées à faire comprendre à ses interlocuteurs les raisons profondes de la guerre que menait le FPR. Il a rapporté que Paul Dijoud aurait directement menacé les membres de la délégation tutsie en ces termes exempts de toute équivoque : « Si vous ne déposez pas les armes, vous trouverez tous les vôtres déjà exterminés à votre arrivée à Kigali ! ». Jacques Bihozagara, s’adressant aux membres de la Commission Nationale Indépendante, leur demanda s’il convenait de considérer les propos du diplomate français « comme une prophétie ou bien comme une apologie du génocide ». Le témoin a envisagé à la barre la probabilité selon laquelle « Paul Dijoud était au courant de ce qui se tramait, étant donnés les liens étroits qui unissaient son gouvernement à celui du Président Habyarimana ».
Mais Jacques Bihozagara ne s’est pas contenté de cette anecdote pour affirmer que la France savait pertinemment que le génocide était planifié. Il s’est également appuyé sur le Rapport d'Enquête Internationale réalisé en 1993 par plusieurs ONG. Un rapport qui faisait état des signes avant-coureurs du génocide, et qui fut remis, par un groupe de femmes
rwandaises, en main propre, à l'épouse de François Mitterrand, alors que celle-ci présidait à Bruxelles une réunion de son association France Liberté.
Il s’est aussi appuyé sur le contenu des télégrammes de Roméo Dallaire, alors Chef militaire de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (Minuar). Des télécopies qui alertaient – sans laisser planer le moindre doute - de l’imminence du génocide, et qui furent adressés aussi bien à l’Union Européenne qu’au Conseil de Sécurité, dont il convient de rappeler que la France est membre permanent.
La France manipulait l'opinion tandis qu'elle camouflait la préparation du génocide
Au cours de sa déposition, Bihozagara a affirmé que les autorités françaises avaient opté pour une stratégie de communication inversant la situation qui prévalait alors au Rwanda. Alain Juppé, alors ministre des Affaires Etrangères, évoquait l’imminence d’une « guerre de l'Ouganda contre le Rwanda pour créer l'empire Hima-Tutsi ». François Mitterrand, quant à lui, digressait volontiers sur le thème d’une « guerre entre serfs et seigneurs », tandis que son chef d’état major personnel, le général Quesnot, mettait sur pied le concept de « Khmers noirs », à la seule fin de dénigrer le FPR. « En nous ayant mis dans la même catégorie que les Khmers rouges du Cambodge », a déclaré Jacques Bihozagara, « on entendait créer l’impression, dans l’opinion publique, que le FPR était un groupe rebelle inhumain ». Et le témoin d’insister ensuite sur la guerre médiatique sans merci diligentée en France contre le FPR tutsi, notamment par l’intermédiaire des reportages réalisés pour RFI par feu Jean Hélène. Le témoin précisa que les journalistes de RFI qui commençaient à expliquer correctement la nature du conflit rwandais étaient systématiquement écartés des ondes par leur direction.
Bihozagara n’a pas hésité un seul instant à affirmer que la France, qui savait que se préparait un génocide, avait choisi de « camoufler la réalité ».
Une accusation que corrobore le témoignage du sénateur Iyamulemye Augustin. Celui-ci dirigea le service des renseignements intérieurs du bureau du premier ministre rwandais entre 1992 et 1994. Il a indiqué à la Commission que les soldats français contrôlaient le Centre Criminel de Recherche et de Documentation, connu également sous le nom de fichier central. Selon le témoin, les Français ont usé de ce pouvoir pour occulter systématiquement les preuves relatives à l’augmentation de la criminalité et de la violence au Rwanda à l'approche du génocide.
La France tuait les Tutsis tout en feignant de les protéger
L’opération pseudo humanitaire Turquoise n’a pas non plus été épargnée par les « témoins de contexte ».
Pour Jacques Bihozagara, la France aurait usé de son influence pour
créer cette opération sous prétexte de secourir les populations tutsies menacées de génocide, alors que ce n’en était absolument pas la raison. L’ancien ambassadeur illustra son accusation par le fait que « le site de Murambi, qui héberge aujourd'hui les restes des dizaines de milliers de victimes du génocide, était en plein coeur de la zone Turquoise ».
Que penser également de la déposition d’Elysée Bisengimana qui, pendant le génocide, se trouvait chez lui, dans l'ex-Province de Cyangugu ? Il se souvient avoir été témoin oculaire de l'entrée des soldats français dans le cadre de Turquoise. « A leur arrivée à Cyangugu », a déclaré Bisengimana à la commission, « les militaires français ont été accueillis triomphalement par les Interahamwe, les miliciens hutus qui étaient en train de commettre le génocide, lesquels brandissaient des calicots sur lesquels on pouvait lire « Vive la France » ou « Vive le MRND » [2] et qui agitaient des drapeaux de la République française ». Le témoin a, par ailleurs, fait part de la rapidité avec laquelle s’était alors installée la collaboration entre les soldats français et les miliciens génocidaires : patrouilles communes, opérations conjointes aux frontières, ainsi qu’à des barrages où, sur la base de la mention ethnique qui figurait sur les cartes d’identité rwandaises, les soldats français ne laissaient passer que les Hutus. Un scénario que le témoin Gatabazi a également confirmé avoir constaté sur des barrières à Nyabugogo, près de Kigali, ainsi qu’à Kirenge, près de Shyorongi.
Quant au témoin Jean Damascène Nyandwi, il a traversé le génocide dans l'ex-province de Gikongoro, qui faisait partie de la Zone Humanitaire Sûre (ZHS) mise en place par la France dans le cadre de Turquoise. Il a indiqué que les soldats français y pourchassaient les Tutsis, prétextant qu’il s’agissait de soldats du FPR qui auraient infiltré la ZHS. M. Nyandwi a affirmé dans son témoignage que « les personnes capturées étaient conduites vers une destination inconnue. J'ai comme l'impression », a-t-il conclu, « que les Français avaient des appareils qui leur permettaient de savoir où les gens s'étaient cachés ».
La France préparait la reconquête du Rwanda
De multiples témoignages sont enfin venus appuyer la thèse d’une stratégie de
reconquête du Rwanda à partir de la République Démocratique du Congo.
Il s’agissait d’abord, pour la France, d’exfiltrer les génocidaires du Rwanda vers la RDC. Le témoin Nyandwi a rapporté qu’à Gikongoro, où, à la demande du gouvernement génocidaire qui fuyait l'avancée du FPR (tutsi), des centaines de milliers de personnes, à majorité hutue s'étaient réfugiées, avait été organisé un grand rassemblement populaire au cours duquel les soldats français lancèrent aux populations hutues : « Si vous ne fuyez pas vers le Zaïre, les Inkontanyi (nom des soldats du FPR, ndlr) vont vous égorger », tout en mimant le geste de l’égorgement, afin de pallier à leur méconnaissance du Kinyarwanda.
Selon le témoin Martin Ndamage, cette fois-ci, la France continua à soutenir les forces génocidaires, même une fois qu’elles se furent exilées au Congo. Ndamage fut l’un des signataires de la Déclaration de Kigeme qui condamnait le génocide et se désolidarisait du gouvernement génocidaire. Par crainte d’affrontements à Kigeme, entre dissidents et forces loyalistes, ils furent aussitôt démis de l’armée et évacués vers Kavumu, au Congo, où la France avait établi une base militaire.
Une fois le FPR au pouvoir à Kigali, entraînant l’exil des forces génocidaires en République Démocratique du Congo, Martin Ndamage et ses collègues parvinrent à rencontrer le général Roméo Dallaire, ce, en dépit de l’opposition des soldats français. D’un commun accord, ils manifestèrent alors leur intention de rentrer au Rwanda. A la tombée de la nuit, le témoin a narré comment ils furent brimés et désarmés par les soldats français, au motif qu’ils s’opposaient au gouvernement hutu en exil en RDC. Ce gouvernement qui venait pourtant de commettre un génocide ! Les soldats de Turquoise leur assénèrent : « Nous ne pouvons pas continuer de rester avec vous ici alors que vous vous opposez à votre gouvernement ! ».
Autant de témoignages qui appuient l’accusation selon laquelle la France aurait tenté d’entretenir les forces génocidaires sur les hauteurs du Kivu, dans l’est du Congo, afin de les préparer à reconquérir le Rwanda par la force. En toute connaissance de ce que près d’un million de civils venaient d’être exterminés par leurs protégés...
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